23 mecs comme ça

23 mecs comme ça

recueil de nouvelles, 2016

Recueil co-écrit avec la romancière Joëlle Guillais, paru aux éditions Synapse.

EXTRAIT de « Bla Bla »

« Blabla. Moi par ci, moi par là. Je fais ci et je fais ça. Louise l’écoute. Toutes ces paroles centripètes ne la dérangent pas. Elle n’aime ni les silences ni les gouffres trop blancs d’un premier rendez-vous. Les plats se succèdent mais M. Blabla n’interrompt pas pour autant son marathon de mots et poursuit son monologue. Il arrive même à glisser, entre deux phrases, une bouchée de purée Saint-Germain. Blabla… Blabla.

Blabla est chorégraphe, il a une compagnie de danse à Marseille, Blabla est parisien, cent pour cent, il est aussi architecte ou quelque chose comme ça, il a habité presque tous les arrondissements de la capitale et son cabinet d’architecture est à Issy-les-Moulineaux, c’est pour ça qu’il a un scooter et que blabla.

Quand Louise termine sa dernière frite, Blabla donne des cours à la Sorbonne. Enfin, il peut dire tout ce qu’il veut, Louise n’est plus là, elle a jeté sa boussole et escalade les mots, se faufile sous les verbes, coupent à travers les adjectifs de lieu et de temps. Surtout, elle prend soin de faire une partie de saute-mouton au-dessus des « Moi » et des « Je » de M.Blabla. Louise parfois s’étonne de ne rencontrer que des hommes blabla. Qui a dit que les femmes étaient des pipelettes ? N’importe quoi ! Les hommes sont bien pires. Plus la conversation progresse, plus Louise se perd dans cette épaisse forêt mots.

Soudain, un rire aigu crisse dans l’ambiance chaleureuse du restaurant. Mince ! C’est son rire à lui, il a du dire une chose amusante, heureusement Louise a prudemment activé son pilote automatique et a rigolé aussi. Mon Dieu ce rire ! Cela ne va pas du tout avec sa tête et tout le blabla qu’il débite. Ce rire, merde ! pense Louise, je ne pourrai jamais coucher avec lui maintenant que je viens d’entendre cet horrible son grinçant en tête, ça doit être terrible quand il jouit. Dommage. Louise se verse du vin, redresse ses cheveux, son pull glisse sur son épaule. Blabla se trouble un peu et fait silence quelques instants. Au Canada, tu es parti au Canada ? interroge Louise qui n’a pas du tout envie de parler. Elle préfère diluer tout ce blabla dans la robe pourpre d’un délicieux Côte du Rhône. C’est si facile de déclencher le moulin à blabla, il suffit de reprendre la dernière phrase, parfois juste le dernier mot comme : « le Canada ! » et Blabla repart pour une nouvelle histoire. (…) »

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